L’Osaka European Film Festival a été pensé il y a maintenant un peu plus d’une dizaine d’années en une période encore faste pour la consommation et l’économie japonaise, y compris la consommation de produits dits culturels et artistiques.
Sa première édition ne vit finalement le jour qu’en 1994 en même temps qu’on découvrait ici les réalités de la crise. Le festival s’est développé avec cette crise, autant morale qu’économique et nous célébrons aujourd’hui son 5ème anniversaire. Alors pardonnez-moi l’expression un peu provocatrice, et laissez-moi pousser un cri du coeur : Vive la crise et Vive cette 5ème édition de l’Osaka European Film Festival ! Non pas que je me réjouisse d’une situation dont nous sommes d’ailleurs les premières victimes en tant qu’organisation culturelle, mais j’ai encore la naïveté de croire qu’à force de ne miser que sur des choix économiques et politiques (dont je ne nie pas le caractère incontournable), l’état de crise nous aidera paradoxalement à faire en priorité des choix de vie, et que dans ces choix la place à attribuer à l’objet culturel saura s’imposer comme une évidente nécessité.
Loin de moi l’idée d’inciter à une plus grande consommation de produits d’ailleurs souvent pseudo-culturels. Je voudrais simplement formuler des voeux pour une meilleure approche, une plus judicieuse diffusion et une plus sensible fréquentation d’oeuvres (cinématographiques pour ce qui nous concerne) susceptibles, tout en ayant le génie et le souci de nous distraire et de nous émouvoir, de nous amener à une prise de conscience de ce que sont nos conditions humaines.
C’est dans cet état d’esprit qu’est né le festival et qu’il a grandi chaque année en taille, en renommée et en popularité grâce à ceux d’entre vous qui ont compris la dimension de nos exigences.
Si, pour tenir à Osaka les 5 premières éditions d’un festival de cinéma de portée internationale, nous avons délibérément choisi le continent européen comme limite géographique de nos investigations, c’est parce que, malgré les contraintes et les logiques économiques, continuent de s’y produire encore massivement des oeuvres qui ambitionnent à la fois de trouver un public le plus large possible et de lui offrir un regard pertinent sur le monde qui nous entoure. En considérant les films retenus jusqu’à présent et la liste des invités accueillis, on comprendra vite que les artistes venus rencontrer le public et la presse à Osaka sont non seulement représentatifs d’un paysage cinématographique européen soucieux de son espace de liberté, mais qu’ils constituent aussi les piliers de l’expression contemporaine du cinéma mondial.
Le grand moment de ce 5ème anniversaire est sans nul doute l’hommage que nous rendons à Nanni Moretti, l’un des cinéastes les plus emblématiques du cinéma d’expression, l’un des plus importants conteurs d’histoires de ce siècle, auteur d’une oeuvre qui résume à elle seule l’esprit de notre festival. Un distributeur japonais avisé nous confiait du reste récemment : « Nanni et l’O.E.F.F., c’est une même famille ».
A l’heure où je formule ces lignes, mi-dieu (il a des adeptes prêts à se jeter par la fenêtre pour lui), mi-fantôme (cela fait 15 ans qu’on espère sa venue au Japon), Nanni Moretti est toujours partant pour l’aventure que nous lui proposons en programmant 7 de ses films, dont le petit dernier, « APRILE », projeté en avant-première, et en lui décernant le Prix de la ville d’Osaka, qui lui vaudra d’être le digne successeur de Wim Wenders, président d’honneur de l’édition 1997.
Cette 5ème édition nous offre également l’occasion de rappeler que l’année 1998 est marquée par une série d’initiatives menées sous l’égide de L’Année de la Grande-Bretagne au Japon ainsi que L’Année de la France au Japon, celle-ci faisant plus particulièrement écho à L’Année du Japon tenue l’année dernière en France.
Nous tenions à nous associer à ces opérations en programmant du côté britannique « SUNSET HEIGHTS », un film réalisé en co-production avec l’Irlande, sorte de parabole moderne évoquant la situation irlandaise et, du côté français, 3 longs métrages récents très remarqués, suivis de débats qui s’annoncent prometteurs ainsi qu’un programme d’excellents courts-métrages comprenant le dernier film de Jean-Jacques Beineix et la Palme d’Or de la dernière édition du Festival International du Film de Cannes. Soulignons que l’O.E.F.F. constitue l’une des rarissimes occasions de découverte de ce « genre » cinématographique au Japon et que nous tenions cette année encore à ne pas déroger aux choix que nous avions faits dès la première édition. Nul doute que les autres films du programme, qui associe oeuvres de cinéastes avérés et de nouveaux talents, sauront retenir eux aussi toute votre attention.
Pour finir, je voudrais remercier du plus profond du coeur tous nos partenaires, secteur public comme secteur privé, qui nous ont soutenus dans la mise en oeuvre de cet événement. Bon festival à tous et vive... le cinéma!










